Prisonnier matricule 11


La prison encourage la récidive, dit-on souvent… Sans entrer dans le débat, je dois constater que c’est vrai en ce qui me concerne. J’avais, il y a quelques semaines, passé quelques heures dans vos chaînes, Madame, quatre pour être précis. Je devais me rendre à l’évidence : il me fallait y retourner et y subir une peine plus longue. Je me retrouvai ainsi hier matin, exactement à l’heure convenue, devant chez vous, afin d’être incarcéré à nouveau et cette fois pour six heures. Même cérémonial à l’arrivée : vous, en noir, short de cuir, un loup sur le visage, peu de mots, voix basse…intimidante, impressionnante. Avant même d’être attaché, j’étais mis à ma place, captif, esclave… Je me déshabillai sous vos yeux attentifs, scrutateurs, critiques et je revêtis la tenue de prisonnier que vous m’aviez assignée. Dans ces moments, il y a de l’humiliation, et vous le faites sentir ; mais il y a aussi de la fierté et de la joie de se livrer aussi complètement, et c’est avec bonheur, que je me mis à terre pour baiser vos bottes. Des bracelets de cuir aux poignets, le bruit des cadenas qui les assurent résonnant délicieusement, je fus conduit, les poignets ainsi attachés l’un à l’autre, jusqu’au lieu qui servirait de cachot. Un collier de cuir bien serré sur le cou, des bracelets aux chevilles, le bruit des chaînes, et vous, me disant de cette voix douce et froide à la fois : « prépare toi, ce sera dur », mon incarcération commençait…Premières sensations, premiers bonheurs. Je vous sentais si près de moi, votre corps me frôlant délicieusement, je sentais vos mains courir sur mes bras, accompagnant les chaînes dont elles les enserraient peu à peu. Vous m’aviez pris la vue, vous me preniez maintenant le mouvement et je n’étais que plaisir et gratitude. Bientôt je me retrouvai assis, les bras en croix, genoux pliés, pieds attachés ; sous la cagoule. Étroitement attaché, je partis, avide de jouir à nouveau de cet extrême sentiment de liberté que donne le fait d’être privé de tout ; plus de soucis, plus de choix à faire, plus de décisions à prendre, plus de notion de temps, plus d’horaire, rien que jouir simplement du moment présent, et se sentir vivant simplement en éprouvant la solidité et la rigueur des entraves qui me maintenaient. Le temps passait, du moins je le suppose. Parfois vous reveniez : ce pouvait être un mot mordant et bien humiliant, ou un coup de cravache fortement asséné. Mais  ce pouvait être aussi pour me demander d’une voix attentive et encourageante si je criais grâce, alertée comme vous aviez pu l’être par le bruit que j’avais fait en cherchant à décaler millimétriquement quelques appuis ; et j’étais fier de vous dire : « pas de problème, tout va bien, je continue… ». Malgré l’inconfort dans lequel je pouvais être, et l’envie de détendre quelques muscles un peu trop contraints, je mettais mon orgueil et ma dévotion à tenir dans mon supplice jusqu’au terme que vous auriez décidé pour moi. Mentionnons aussi le repas : à un moment vous me dites que c’était l’heure du déjeuner et que j’aurais droit à quelques-uns de vos restes ; assis, les mains attachées, vous m’avez nourri comme un bébé.  Puis vous m’avez punis d’une position que vous avez qualifiée vous-même de dure : et je me retrouvai, pour terminer, à plat ventre, mains derrière le dos, jambes repliées, poignets et chevilles attachées tous ensemble. Je crois que l’on appelle cela en anglais « hogtie ». Belle tension des muscles et des bras. Il me fallut quelques efforts, mais je tins fièrement jusqu’au bout.Arriva alors l’heure de la libération. Les chaînes tombèrent, je recouvrai la vue, j’étais un peu groggy, heureux, et triste de voir l’aventure déjà terminée. Mais la prison, on le sait, encourage la récidive ; je sais que je n‘y échapperai pas et que je devrai rapidement venir à nouveau me livrer à vous, j’espère pour une durée plus longue qu’hier. Infiniment merci.” N°11 (alias Daniel)

 

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