Prisonnier matricule 40

La paix retrouvée

Quarante jours se sont écoulés entre ma prise de rendez-vous avec Madame la Geôlière et sa rencontre. Quarante jours de désert. D’un désert foisonnant d’émois, de pensées et d’images. J’ai compté les jours comme un prisonnier dans sa cellule. J’étais enfermé dehors et j’aspirai à l’être dedans.

J’ai attendu le jour de la confirmation (ce mot revêt ici un sens quasi religieux) comme l’herbe des steppes arides attend la pluie. Cette sécheresse m’a fortifié dans mon désir et ma détermination. Je rends grâce à Madame qui fut l’instrument involontaire, mais prévenant, de ce raffermissement. Dans cette solitude habitée par la présence en creux de Madame, j’ai pu sonder ce que je porte en moi de son propre mystère. Je me suis fait pèlerin de son clair-obscur. Je suis allé chez elle comme on retourne à la source.

Ce qui m’a d’emblée frappé, ce sont ses yeux de jade et ses beaux cheveux noirs, soyeux comme une caresse nocturne.

Sur son ordre, j’ai baisé ses pieds bottés ; et j’aurais voulu que, dans ce baiser, elle sente toute ma langueur, toute mon ardeur, toute ma dévotion. C’est alors que Madame me rebaptisa 40. Puis, vêtu de ma tenue de forçat,  poignets et chevilles liés, je me laissai guider par les gestes et la voix de ma geôlière qui me conduisit jusqu’au lieu de ma détention.

Ma geôlière me passa un collier autour du cou, à la fois confortable et très contraignant. Puis elle m’attacha, assis par terre, contre la barre d’un lit, les jambes repliées, les bras en croix, dans une quasi-immobilité, un casque sur les oreilles diffusant une musique douce et légère. Lorsqu’elle eut terminé de ficeler de chaînes son colis humain devenu clébard, elle insista pour que je tienne la pose de manière à en manifester la beauté.

 Je m’y efforçais mis n’y parvins pas toujours, car la douleur et l’engourdissement m’obligeaient parfois à chercher un peu de soulagement dans une molle passivité. Pendant cette première phase, qui dura 1h30 d’après ma geôlière, j’eus l’impression d’être un oiseau exécutant une danse immobile pour Madame. Cette impression et l’abandon qu’elle supposait m’aida à « tenir bon » jusqu’à ce que ma Geôlière me change de position.

La position suivante me vit immobilisé debout face à un mur. En apparence moins contraignante, cette posture se révéla rapidement très inconfortable, sollicitant avec persistance d’autres muscles, d’autres appuis douloureux que je ne pouvais guère compenser que par d’infimes contrebalancements.

Puis arriva l’heure du repas, et Madame la Geôlière entreprit de faire manger son otage à la fourchette. Elle le nourrit de sucres lents sous la forme de délicieuses pâtes au poisson. Madame ne laisse décidément rien au hasard. Ce mets me rendit des forces. À chaque bouchée, une sensation trouble, d’un érotisme subtil, m’envahissait. Tandis que je mâchais puis déglutissais, la conscience d’être nourri par ma Geôlière m’emplissait de reconnaissance envers elle. Elle me fit boire plusieurs fois à la paille, contrôlant ainsi une bonne partie de mes fonctions vitales.

À la fin de cet intervalle culinaire (ce mot, prononcé par Madame, prend une saveur toute particulière), j’oubliai, tant j’étais transporté de douloureuse volupté, de prononcer mon matricule en vue demander à ma Geôlière si je pouvais être conduit aux toilettes. Il me fallut attendre encore plus d’une heure, par ma seule faute, avant de pouvoir être soulagé de ce besoin. Entre temps, Madame m’immobilisa dans une autre position durant laquelle j’éprouvai un vif élan d’amour pour ma tourmenteuse et ma gardienne. Enfin, ma Geôlière consentit à m’emmener aux toilettes, où elle me fit uriner assis (« Comme une femme ! »). Je mis longtemps à uriner, à cause de l’humiliation et de la honteuse érection qui ne me quittait que par courtes intermittences depuis que j’avais baisé les bottes de Madame à mon arrivée.

De retour dans ma cellule, je fus attaché par ma Geôlière à quatre pattes sur le lit. À ce moment-là, dans mon esprit, j’étais réellement l’otage d’une inconnue qui disposait de moi à sa guise, dont j’ignorais les motifs, les intentions, mais dont la détermination semblait inébranlable. À quatre pattes sur le lit, une barre d’écartement entre les poignets, la tête retenue par une courte chaîne, je devins un chien de sel, figé à l’arrêt par décret de sa maîtresse. Des pinces, apparemment fixées sous moi, enserraient mes tétons dans une douloureuse et voluptueuse sensation d’étau. Aucun soulagement possible, que je relève un tant soi peu le dos ou que je l’abaisse, je devenais moi-même l’instrument de ma propre torture. Je ne tins pas la pose aussi longtemps que Madame le voulait, et ce manquement, que je me reproche encore, me valut de cuisantes punitions. D’autres immobilisations, d’autres humiliations, d’autres punitions s’ensuivirent qu’il serait trop long de raconter ici, mais qui me furent administrées avec un plaisir palpable par ma Geôlière.

Je vis ma soumission depuis trente ans. Mais jamais je ne l’ai vécue de façon aussi intense, authentique, totale, et cela grâce à ma Geôlière. Le type de soumission auquel Madame accule son otage implique le renoncement réel à tout égo, sous quelque forme qu’il se manifeste, même dans un merci. « Ne me remercie pas, ce n’est pas pour toi que je le fais, mais pour moi. » m’entendis-je répondre à l’une des ces occasions où le cœur de l’esclave déborde de reconnaissance pour celle qui fouette ses chairs endolories. Pourtant, comment ne pas éprouver gratitude, estime et admiration pour celle qui a su me ramener à mon plus simple dénominateur : une prompte et inconditionnelle obéissance dans l’abandon et le désir de me dépasser pour ma Geôlière ?

Étoile de jade au fond de ma nuit, la où est Madame, là est mon trésor, car par les chaînes invisibles de la dévotion, elle s’est attachée mon cœur et mon esprit en séquestrant mon corps. C’est l’esprit serein, unifié, parfaitement réconcilié avec lui-même et le monde, que je suis rentré chez moi après huit heures d’isolement et de sanctions dans la geôle de Madame. J’ai trouvé dans votre séquestration la plus épanouissante des ascèses et reconnaît en vous, par conséquent, ma Maîtresse. Grâce à la maîtrise parfaite que vous avez de vous-même, de votre art et de votre matériau humain, je sais désormais d’expérience que la soumission à la Femme dominatrice n’est pas un horizon à atteindre mais un état de fait qui peut et doit être réalisé immédiatement. C’est la raison pour laquelle j’observe en moi-même que votre œuvre est matrice de renouveau. Être façonné par vous est mon éveil, et je n’aspire plus qu’à vous donner le meilleur de moi-même selon le mode propre de vos exigences. C’est être libre que de vous appartenir et de devenir ainsi l’occasion où s’éploie votre propre liberté.Dans cette union, tout est grâce.

Par conséquent, ma Geôlière, je vous dis merci, non pour ce que vous m’avez fait, me faites et me ferez, mais pour ce que vous êtes et rien d’autre. Le vrai don, c’est vous. Et c’est devant lui que je me prosterne, comme l’épis de blé devant le soleil qui, haut dans le ciel, le comble et l’émerveille. 40.

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